Musique électronique

De Doc.

Le terme « musique électronique » s’applique généralement aux œuvres musicales utilisant tout matériel électrique ou électronique, qu’il s’agisse d’instruments (le Thérémin, les Ondes Martenot, le Trautonium, l’Ætérophone, la guitare électrique, le Méta-Instrument...), de synthétiseurs (Buchla, Moog, Prophet-5, Kurzweill, DX7, 4X...) ou d’ordinateurs. Elle peut être écrite (l’UPIC de Xenakis se présentait comme une table à dessiner), ou être directement appliquée à des appareils de studio sans passer par une phase d’écriture.

Dans son sens « musicologique », la musique électronique est un courant qui se développe dans les années 1950 à Cologne, et représente, avec la musique concrète, l’autre branche des musiques électro-acoustiques. Le fondateur du Studio WDR de Cologne, Herbert Eimert, définit ainsi ce courant : « Contrairement à la musique concrète, qui se sert d’enregistrements réalisés à l’aide de microphones, la musique électronique fait exclusivement usage de sons d’origine électroacoustique. Le son est produit par un générateur de sons et gravé sur une bande magnétique. C’est alors seulement que commence son élaboration par des manipulations de bande compliquées et différenciées. »[1]

En 1926, le compositeur Edgard Varèse marque l’avènement de la musique électronique avec la création de son œuvre Intégrales en utilisant le concept de spatialisation afin de donner une impression « stéréophonique » de l’œuvre. À propos de cette œuvre, il dira d’ailleurs : « j’ai construit Intégrales pour quelques moyens acoustiques qui n’existent pas encore, mais qui peuvent être une réalité, et qui le seront tôt ou tard. »

Les compositeurs utilisent des générateurs électriques qui leur permettent de produire de façon très précise des sons de diverses natures, caractérisés mathématiquement (bruits blancs, ondes sinusoïdales, triangulaires, carrées…) et de travailler ainsi précisément le matériau musical.

En 1951, le courant de musique électronique s’institutionnalise : Herbert Eimert et Werner Meyer-Eppler fondent à Cologne le Studio de musique électronique de la West-Deutsche-Rundfunk. Son objectif est « la réalisation d’œuvres pour bande magnétique créées à partir de sons de synthèse, conçues et organisées selon des règles très strictes d’inspiration sérielle à partir de partitions préalables extrêmement précises (contrairement à la musique concrète, qui fut la plupart du temps une musique “sans partition”.) »[2]

Le premier concert de musique électronique aura lieu dans le studio de Cologne le 18 octobre 1953 et comportera des œuvres des fondateurs. Le compositeur Karlheinz Stockhausen, qui viendra y travailler, y présentera également ses études électroniques (Studie 1 et Studie 2 - 1953-1954).

À la même époque, la musique électronique trouve son expression aux États-Unis dans la « tape-music », autrement dit « musique pour bande » (expérimentation de Lejaren A. Hiller). Utilisant le même support que la musique électronique de Cologne, la tape-music est cependant moins complexe et plus libre dans la composition que celle-ci. En 1966, quatre américains (Allan Bryant, Alvin Curran, John Phetteplace et Frederic Rzewski) fonderont le groupe Musica Elettronica Viva à Rome[3]

À l’aube des années 1960, l’apparition du synthétiseur, puis le développement de la synthèse sur ordinateur dans les années 1970, induisent de nouveaux « gestes »[4] et augmentent considérablement les possibilités offertes aux créateurs. Jusque là, la production de musique électronique nécessitait de longs traitements informatiques[5] aboutissant à un enregistrement immuable, destiné à être diffusé ultérieurement. La croissance spectaculaire des puissances de calcul et des espaces de stockage sur disque dur, de la miniaturisation des composantes et des capacités accrues des logiciels donneront ensuite naissance à la « live electronic music » ou « musique interactive », les dispositifs utilisés lors d’un concert permettant de diffuser le son au moment de sa production (en temps réel). Les musiques diffusées peuvent également intégrer d’autres sons captés en temps réel et/ou préenregistrés, transformés ou non, voire des matériauxgénérés selon des formules mathématiques et/ou des modèles physiques.


Notes

  1. Eimert, Herbert, « Musique électronique », La Revue musicale, n° 236, Paris, Richard-Masse, 1957.
  2. Vignal, Marc (éd.), Dictionnaire de la musique, Paris, Larousse, 2001.
  3. Gentilucci, Armando, Introduzione alla musica elettronica, Milano, Feltrinelli, 1983 (4ème édition).
  4. Les Nouveaux gestes de la musique, (sous la direction de Hugues Genevois et Raphaël de Vivo) Marseille, Parenthèses, 1999 (articles de Hugues Dufourt, Jean-Claude Risset, Claude Cadoz, Martin Laliberté, Marc Battier, Serge de Laubier, Jean Haury).
  5. Fatus, Claude, Composition musicale et informatique, Paris, Minerve, coll. « Musique ouverte », 1989.
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