Musique concrète

De Doc.

La musique concrète naît en 1948 dans les studios de la Radio-Télévision Française à Paris, à l’initiative du polytechnicien Pierre Schaeffer. Le constat fortuit qu’un sillon de disque fermé sur lui-même provoquait la répétition du même son lui fournit l’idée d’un système musical dans lequel des sons issus de diverses sources pourraient être travaillés en studio puis fixés sur des bandes magnétiques. Pierre Schaeffer définit ainsi la musique concrète : « Nous avons appelé notre musique “concrète” parce qu’elle est constituée à partir d’éléments préexistants, empruntés à n’importe quel matériau sonore, qu’il soit bruit ou son musical, puis composée expérimentalement par une construction directe, aboutissant à réaliser une volonté de composition sans le secours, devenu impossible, d’une notation musicale ordinaire. »[1]

Le terme de musique concrète s’oppose donc naturellement à celui de musique abstraite où le compositeur recourt à l’écriture pour formaliser sa pensée musicale. Ce n’est pas uniquement l’absence de partition qui la caractérise : elle se distingue d’autres musiques qui n'en utilisent pas (à l’instar des musiques improvisées) par le choix des matériaux (que Schaeffer appelle « objets musicaux »[2]) et par leur traitement. Ainsi, elle abolit la hiérarchie entre les notions de « bruits » et de « sons », bouleversant ainsi la conception musicale qui régnait jusqu’alors.

Les premiers essais de musique concrète sont les Etudes de bruits de Schaeffer (1948) dans lesquelles il use d’objets insolites comme sources sonores (tourniquets, casseroles, bruits de train, sifflet…). Mais c’est avec le compositeur Pierre Henry, en 1950, que Pierre Schaeffer crée la Symphonie pour un homme seul où il utilise l’infinie variété de bruits humains (cris, gémissements, diverses inflexions de voix) comme base de l’œuvre [3]. On peut d’ailleurs rapprocher cette œuvre de Vox 5 composée à l’Ircam en 1987 par Trevor Wishart, entièrement constituée de bruits de la voix du compositeur.

Le groupe de musique concrète, élargi par l’arrivée de nouveaux chercheurs (Abraham Moles, Jacques Poullin), va donner naissance en 1951 au GRMC (Groupe de Recherche de Musique Concrète) qui deviendra sept ans plus tard l’actuel Groupe de Recherche Musicale)[4]). Il accueillera des compositeurs de diverses tendances, « le temps d’un essai comme Olivier Messiaen, Darius Milhaud, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, ou pour une période beaucoup plus longue : Pierre Henry, Iannis Xenakis, Luc Ferrari, Bernard Parmegiani, Ivo Malec »[5]. À la même époque naîtra à Cologne une tendance dérivée de la musique concrète, la musique électronique, où la source sonore provient directement d’instruments électroniques ou d'ordinateurs [6]. On englobera alors ces deux courants sous le terme de musiques électro-acoustiques.


Notes

  1. Schaeffer, Pierre, revue Polyphonies, Paris, 1949.
  2. Schaeffer, Pierre, Traité des objets musicaux, Paris, Seuil, 1966.
  3. Schaeffer, Pierre, La Musique concrète, Paris, Presses Universitaires de France, collection Que sais-je n°287, 1967.
  4. Gayou, Évelyne, GRM – Le Groupe de Recherches Musicales – Cinquante ans d’histoire, Paris, Fayard, 2007.
  5. Gayou, Evelyne, « Une culture du son : histoire », extrait du site Mouvement.Net.
  6. Brown, Frank, La musique par ordinateur, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », 1982.
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