Musique minimaliste

De Doc.

La musique minimaliste, également appelée musique répétitive, naît aux États-Unis vers 1960 avec La Monte Young. Ce dernier, ayant découvert la musique sérielle dans les années 1950, s’en écarte plus tard sous l’influence des travaux de John Cage, qu’il découvre au séminaire de Karlheinz Stockhausen à Darmstadt. Le terme « minimal art », d’abord appliqué aux arts plastiques, a ensuite donné son nom au courant musical qui utilisait le même principe de construction (citons notamment les artistes Donald Judd et Carl André).

Le minimalisme se caractérise, comme son nom l’indique, par une extrême épuration des moyens musicaux, qu’il s’agisse de l’instrumentation, de l’harmonie, du rythme ou de la mélodie : dans les premières œuvres de La Monte Young,[1] il s’agit de jouer une seule note tenue pendant une durée indéterminée. Les œuvres minimalistes sont souvent tonales, voire mono-tonales et utilisent un ou plusieurs éléments simples. S’inspirant des musiques hindoues, ce courant utilise le principe de la variation subtile et progressive de ces éléments et de leur évolution cyclique (plutôt que linéaire, comme dans la musique occidentale) sur une longue durée (exemple : Music for Clapping Hands, 1972, de Steve Reich). En réaction contre l’intellectualisme du mouvement sériel, la musique minimaliste a pour but avoué d’« hypnotiser » l’auditeur et de lui donner une autre conception du temps musical.

Si le courant minimaliste connaît de nombreux disciples, on retiendra surtout les noms des compositeurs Philip Glass, Steve Reich, Robert Ashley et Meredith Monk, ayant pour pères Terry Riley et La Monte Young. À mi-chemin entre musique aléatoire et musique répétitive, In C de Riley (1964) est une œuvre composée autour de la tonalité de do majeur, dont la marche mono tonale est occasionnellement perturbée par un fa dièse. La partition est constituée de 53 motifs à répéter librement et indéfiniment par les interprètes dont l’instrumentarium n’est pas défini. Dans Glassworks (1981), Philip Glass applique le principe répétitif et le combine avec l’utilisation de claviers électroniques dont il fait usage courant dans l’ensemble de ses œuvres. Il est aussi connu pour ses opéras, et notamment Einstein on the Beach en 1976, avec la mise en scène de Bob Wilson et la chorégraphie de Lucinda Childs, « spectacle culte pour toute une génération ».[2]

Steve Reich a, quant à lui, développé le minimalisme et les « processus graduels »[3] de répétition à travers une instrumentation moderne et très exotique (percussions dans Drumming, 1971, orgues électriques et maracas dans Four Organs, 1970). Plus récemment, il l’a combinée avec des images filmées dans les opéras vidéo qu’il a réalisées avec sa femme, la vidéaste Beryl Korot (The Cave en 1990, Three Tales en 2002).[4]

Louant les valeurs de la postmodernité, certains artistes resteront des aficionados du courant répétitif. Pour la deuxième génération, notons Valentin Silvestrov, Stephen Montague, Colin Matthews, Chan Ka Nin, John Adams... et pour la troisième, citons Franz Jochen Herfert, David Lang, Steve Martland...[5]


Notes

  1. Schwarz, K. Robert, Minimalists, London, Phaidon, 1996.
  2. Scarpetta, Guy, « Einstein on the beach », extrait du site internet du Festival d'Automne.
  3. Reich, Steve, Écrits et entretiens sur la musique, Paris, Bourgois, 1981.
  4. Castanet, Pierre Albert, « Homo culturalis – Musique, Images et Politique à propos de l’opéra vidéo Three Tales de Steve Reich et Beryl Korot », Opéra – Mises en scènes et représentations théâtrales, Revue Prétentaine n°21 / 21, Montpellier, 2007.
  5. Castanet, Pierre Albert, « Un kaléidoscope fin de siècle », Histoire de la Musique (sous la direction de Marie-Claire Beltrando-Patier), Paris, Larousse, 1998.
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