Musiques américaines

De Doc.

Si la musique en Europe ne peut ignorer une tradition de plusieurs siècles, le patrimoine musical est beaucoup plus récent aux États-Unis. Les musiques contemporaines nord-américaines se caractérisent donc par un fort degré d’expérimentation, qu’il s’agisse d’une utilisation originale des instruments (le piano préparé), de « collages » (la tape music) ou de nouvelles formes d’expressions artistiques (musique répétitive) mêlant différentes disciplines (performance, happening). Le contexte industriel, la considération de l’art comme un produit de consommation ainsi que le succès des musiques populaires déterminent également un certain mode de composition tourné vers la simplicité, l’utilisation d’une musique tonale, dans le but de rendre la musique la plus accessible possible à tous les publics et non à une certaine « élite ».

À l’aube du XXe siècle, le compositeur Charles Ives ouvre la voie à la nouvelle génération par un langage extrêmement inventif, notamment dans sa célèbre Sonate Concorde (1920). À mi-chemin entre la première et la seconde moitié du XXe siècle, John Cage compte parmi les compositeurs les plus importants du monde contemporain. Il révolutionne l’usage courant de l’instrumentation, comme ses diverses œuvres pour piano préparé où divers objets, insérés dans les cordes de l’instrument, créent de nouvelles sonorités. De même, dans A flower (1950), le piano est « nié », utilisé fermé comme instrument de percussion.

Mais Cage apporte surtout une nouvelle conception différente de l’œuvre et du fait musical, en pensant les bruits, les sons et le silence d’une façon inédite. Selon lui, le silence n’existe pas. Il dit à ce propos : « va-t-en dans une chambre sourde et entends-y le bruit de ton système nerveux et entends-y la circulation de ton sang ».[1] Dans 4’33 (1952), bien que le ou les musiciens ne jouent pas, les bruits ambiants constituent l’œuvre. De même, il veut libérer le monde sonore : laissons « les sons n’être que des sons et si ce sont des airs populaires, des accords de neuvième non résolus ou des couteaux et des fourchettes ».[1]

On peut également retenir le nom du compositeur éclectique George Crumb. Ses œuvres très originales utilisent aussi bien des matériaux dérivés d’œuvres de Chopin, Schubert (comme le deuxième mouvement du quatuor La jeune fille et la mort dans le deuxième mouvement de Black Angels, 1970) ainsi qu’une utilisation de l’instrument particulière (par exemple, une guitare électrique jouée avec des baguettes en verre posées sur des frettes).

À l’inverse, certains compositeurs contemporains refusent le langage expérimental et conservent une écriture très traditionnelle, tonale, parfois proche des musiques de films. Citons par exemple les figures d'Aaron Copland (Appalachian Spring, 1944) et Samuel Barber (Adagio op.11, 1936). Les réactions du courant post-moderne influent également sur cet aspect non avant-gardiste de la musique contemporaine américaine, incluant notamment les spectacles des artistes minimalistes. Aux antipodes de l’expression atonale (Schoenberg, Boulez, Carter, Babbitt) [2], certains commentateurs – comme Stéphane Lelong – appelle ce courant « Nouvelle musique » (Steve Reich, Philip Glass, Terry Riley, John Adams, Aron Kernis...)[3].


Notes

  1. 1,0 1,1 Cage, John, Silence, Genève, Héros-Limite, 2003.
  2. Rockwell, John, All American Music : composition in the late twentieth century, London, Kahn & Averill, 1985.
  3. Lelong, Stéphane, Nouvelle musique, Paris, Balland, 1996.
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