Théâtre musical

De Doc.

Le théâtre musical apparaît dans les années 1960. Mêlant réalisation scénique et musicale, il se manifeste à travers différents contenus, expressions ou formes de création. Peu codifié et très diversifié, il utilise une seule et unique démarche où « le musical organise et justifie le théâtral  ».[1] Ainsi, comme le définit la Direction de la musique en 1980, le théâtre musical est un «  spectacle théâtral dont la dramaturgie est essentiellement commandée par un projet musical et n’a de sens que par rapport à celui-ci. »

Le théâtre musical propose donc une alternative à l’opéra où le livret conditionne la musique et où la voix est l’instrument roi : il s’agit d’« une autre conception du spectacle où voix, instruments, gestes, mise en scène, décor, lumières, costumes, sans perdre leur autonomie de langage, sont étroitement imbriqués au cours d’une élaboration conjointe. »[2] L’opposition fréquente de l’opéra au théâtre musical se justifie aussi par l’inadaptation des nouvelles créations utilisant théâtre et musique à ses formes traditionnelles. De plus, le désintérêt des salles d’opéra pour ces oeuvres contemporaines accentue le besoin de faire naître un nouveau genre.

En 1961, John Cage s’approprie ce mode de réalisation scénique avec Variations II, où il se met lui-même en scène : « assis à une table, la pipe à la bouche, [il] corrige inlassablement des partitions, tandis qu’à ses côtés l’inénarrable Cathy Berberian mange un gros plat de spaghetti qu’elle vient de faire cuire sur scène. »[3]

Le compositeur György Ligeti, dans Aventures et nouvelles aventures (1962), « renonce à l’utilisation du langage. Au lieu du texte, les chanteurs recourent aux onomatopées, soupirs, rires, gloussements... »[4] Le compositeur, pour qui il est gênant de devoir lire le livret d’un opéra pour le comprendre, dira d’ailleurs « que l’on doit composer des pièces musicales scéniques dans lesquelles il ne serait pas indispensable de comprendre le texte mot à mot pour saisir les évènements qu’ils produisent. » À nouveau basés sur l’opposition du théâtre musical et de l’opéra, ces propos illustrent bien le choix de composition dans Aventures et nouvelles aventures.

L’œuvre Orden de Jorge Lavelli, Pierre Bourgeade et Girolamo Arrigo, créée en 1969 au festival d’Avignon, est un exemple des plus représentatifs du théâtre musical. Dans cette partition, les musiciens côtoient le chœur et les acteurs sur scène et sont vêtus de la même façon qu’eux. Ils participent ainsi entièrement à la dramaturgie de l’oeuvre.

Il faut cependant distinguer le « théâtre musical » du « théâtre instrumental ». En 1960, le compositeur Mauricio Kagel instaure ce terme pour définir « la théâtralisation du geste inhérent à la pratique instrumentale, à la production du son. »[2]

Selon lui, « il est sans doute plus exact de parler, non pas d’un “théâtre musical” mais bien d’un théâtre instrumental, pour faire la distinction nécessaire entre l’action chantée de l’opéra d’une part et la participation théâtrale de l’instrumentiste d’un morceau de musique de chambre de l’autre. »[5] Dans le théâtre instrumental, l’interprète pousse les comportements liés à l’interprétation musicale (gestuelle, expressions du corps) à leur paroxysme et en fait un véritable jeu d’acteur. Par exemple, dans Improvisation ajoutée (1961), un organiste joue en même temps qu’il crie, rit ou bat des mains. Cette mise en scène kagelienne a pour but de montrer la lutte à la fois physique et psychologique du musicien. L’idée de combat est reprise dans Match (1964), où « deux violoncellistes s’affrontent tandis qu’un percussionniste sert d’arbitre. »[3]

De nombreux compositeurs ont par la suite repris l’idée de composition par le geste : Dieter Schnebel, qui compose en 1980 une véritable « partition de gestes » (Körpersprache) ou Karlheinz Stockhausen, qui « dès le début des années 70, a inauguré pour chacune de ses œuvres des situations dans lesquelles les mouvements et la vision scénique font partie de la musique (Musik im Bauch et Sirius (1977). »[2] D’autres suivront, tels Luciano Berio, Contança Capdeville, Georges Aperghis, Thierry de Mey...


Notes

  1. Giner, Bruno, Aide-mémoire de la musique contemporaine, Paris, Durand, 1995.
  2. 2,0 2,1 2,2 Mussat, Marie-Claire, Trajectoires de la musique au XXe siècle, Paris, Klincksieck, 2002.
  3. 3,0 3,1 Beltrando-Patier, Marie-Claire (éd.), Histoire de la musique,Paris, Bordas, 1993.
  4. Aventures, Nouvelles aventures par l'ensemble Justiniana, Dossier de presse, Paris, Décembre 2007.
  5. Kagel, Mauricio, Tam-Tam, Paris, Christian Bourgeois, « coll. Musique/Passé/Présent », 1983.
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