Usages et nouvelles techniques des instruments traditionnels

De Doc.

De la même façon que le langage musical à évolué à partir de 1945, faisant naître de nouveaux instruments, les modes de jeu utilisés sur les instruments traditionnels se sont trouvés modifiés, voire étendus à de nouvelles techniques exploitant la totalité de l’instrument.[1] Ces nouveaux moyens d’expression dépassent donc le mode de jeu traditionnel qui consiste à « produire un son périodique (donc de hauteur parfaitement définie) plus ou moins riche en harmoniques selon le type d’instruments, susceptible de variations de dynamiques et de timbre, dont la hauteur correspond à une des douze notes de la gamme tempérée. »[2]

La plupart des modes de jeu contemporains concernent les instruments à vent. Parmi ceux-ci, on peut évoquer la technique des bruits de clés qui consiste à émettre un son non pas par le souffle mais par le seul maniement du clétage des instruments qui en possèdent (clarinette, basson, saxophone, flûte traversière).

Les sons multiphoniques permettent également une grande richesse sonore : il s’agit, par un doigté spécifique et une façon particulière d’émettre le son, de créer plusieurs notes en même temps (d’où le terme « multiphoniques »). On peut ainsi donner une dimension polyphonique à un instrument monodique (œuvres de Luciano Berio, Heinz Holliger, Brian Ferneyhough...).

Le Flatterzunge (flattern : voleter, die Zunge : la langue) consiste à rouler la langue en soufflant dans l’instrument, ou bien à émettre en même temps un son roulé de gorge. Cette technique particulière a notamment été utilisée par Olivier Messiaen dans ses Chants d’oiseaux.

Le tongue-ram, spécifique aux flûtes traversières, « s’obtient en projetant violemment la langue dans le trou d’embouchure sans souffler d’air ».[3] Le son produit correspond à une septième majeure en dessous de la note écrite.

Le slap est également un mode de jeu fréquemment utilisé aujourd’hui, et concerne les instruments à anche simple (clarinette, saxophone). Issu des techniques jazzistiques, il consiste à claquer la langue contre l’anche afin de générer un son sec et percussif.

La voix peut également être combinée au son soufflé, notamment lorsque l’instrumentiste chante ou parle tout en soufflant dans l’instrument (Sequenza V pour trombone de Luciano Berio, 1965, Art of métal II de Yann Robin, 2007).

Les modes de jeu concernant les cordes sont moins diversifiés dans le nombre de techniques utilisées. Différentes formes de pizzicati existent déjà à l’époque contemporaine (du pizzicato classique au pizzicato alla Bartók, qui « consiste à faire claquer violemment la corde sur la touche de l’instrument afin de produire un son sec et percussif. »)[3]

Les cordes frottées utilisent souvent l’archet comme moyen de modifier le son, par exemple en le déplaçant vers le chevalet pour générer des harmoniques, en l’écrasant sur les cordes (comme le demande Helmut Lachenmann pour , Pression, 1969, conçu pour violoncelle) etc. L’importance est surtout donnée à la possibilité évolutive de l’instrument, l’absence de frettes permettant des nuances dans les techniques utilisées. Par exemple, le glissando (que l’on utilise également avec certains instruments à vent) consiste à passer d’une hauteur à une autre de façon très continue (Mikka, 1971 et Mikka’s, 1975, d’Iannis Xenakis).

Les techniques utilisées sur les claviers à l’époque contemporaine sont plus limitées. Les compositeurs (Karlheinz Stockhausen, Maurice Ohana, Alain Louvier) utilisent les clusters (instaurés par Charles Ives et Henry Cowell) mais les recherches de John Cage dans l’exploration des possibilités du piano ont également entraîné une façon différente de penser l’instrument. Ainsi, le piano préparé de Cage consiste à insérer différents objets dans les cordes afin de produire des sons insolites, proche des percussions. Il formalisera sa technique dans ses seize Sonates et quatre Interludes.

Enfin, la technique du Bisbigliando concerne les instruments à vent et certaines cordes pincées comme la harpe. Il s’agit d’effectuer une « variation rapide de timbre sur une même hauteur ».[4]


Notes

  1. Karolyi, Otto, La Musica moderna, Milano, Montadori, 1998.
  2. « Nouvelles techniques instrumentales », Rapport de recherche Ircam n°38, Paris, IRCAM, 1985.
  3. 3,0 3,1 Giner, Bruno, Aide-mémoire de la musique contemporaine, Paris, Durand, 1995.
  4. Castanet, Pierre Albert, Tout est bruit pour qui a peur - Pour une histoire sociale du son sale, Paris, Michel de Maule, 1999 (rééd. 2007).
Outils personnels